Samanta-bahdra, figure d'Adi-Buddha accompagné de son Prajna (principe féminin), Samanta_bahdri (1clic=Big Size)

Pour résumer le concept freudien, le désir s'identifie à travers les symptômes sous forme de compromis, de conflits de forces d'origine pulsionnelle. Le désir est conscient ou inconscient, et dans le deuxième cas, il est régit par les lois du processus primaire (lois de l'inconscient : circulation libre de la libido).
Le schéma d'origine du désir est le suivant :

  1. perception > trace mnésique
  2. reproduction de perception > motion psychique qui cherche à réinvestir la trace mnésique > but : rétablir la situation de 1ère satisfaction.

Dans le Bouddhisme, ce qui caractérise l'homme, c'est le désir. Ce qui fait revenir un agrégat psychique (disons "esprit + âme") dans un corps humain, dans le cycle de renaissances, c'est le désir!

Le schéma d'origine du désir est similaire à la description freudienne:

"conscience, contact des sens, perception, volonté, pensée, réflexion sont délicieux et plaisants (1ère satisfaction!), là le désir s'éveille et prend racine"

  1. conscience > contact des sens > perception > volonté
  2. volonté > réflexion > plaisir/ satisfaction

 

Pour Jung, le désir est aussi inconscient, instinctif comme le "désir de vivre". Le refoulement des désirs peut devenir très dangereux  :
"La passion fait les destinées et crée l'irréparable.
Elle pousse devant elle la roue du temps
et accable le souvenir de passé à jamais révolu."

"Plus l'attitude de la conscience par rapport à l'inconscient est faite de refus, plus ce dernier devient dangereux."

La "roue du temps" junguienne correspond au samsara, le cycle des renaissances, et le "souvenir de passé à jamais révolu" correspond à cette notion de Karma.

Le désir est un "poison" pour les bouddhistes, cela fait écho au danger du refoulement, et toute la technique de méditation consiste à reconnaître et "dompter" ces désirs, à intégrer de manière consciente ces forces inconscientes. Cela revient à affronter les archétypes chez Jung.

Dans Essai d'exploration de l'inconscient (Chap. VII, L'âme de l'homme, §9,10,11, p.147-148) Jung écrit ceci :

"§9- La triste vérité est que la vie réelle de l'homme est faite d'un ensemble inexorable de contraires, le jour et la nuit, la naissance et la mort, le bonheur et la souffrance, le bien et le mal.

§10- Nous n'avons même pas la certitude qu'un jour l'un de ces contraires triomphera de l'autre, le bien du mal, ou la joie de la douleur. La vie est un champ de bataille. Elle l'a toujours été et le restera toujours. S'il n'en était pas ainsi, la vie s'interromprait.

§11- C'est précisément ce conflit à l'intérieur de l'homme qui a amené les premiers chrétiens à espérer une fin rapide du monde, et les bouddhistes à rejeter tous les désirs, toutes les aspirations terrestres. Ces réponses fondamentales équivaudraient franchement à un suicide, si elles n'étaient pas associées à des idées et à des pratiques morales et intellectuelles particulières, qui constituent la substance même des deux religions, et modifient dans une certaine mesure leur refus radical du monde."

Les bouddhistes ne rejettent pas toutes les aspirations terrestres, ils rejettent les aspirations nuisibles, celles qui engendrent ou accroissent la souffrance. Les bouddhistes ne rejettent pas tous les désirs, ils font une très grande différence entre le désir de suivre le sentier octuple, le désir d'aider autrui, et le désir ou la convoitise de biens matériels ou de la femme du voisin. Il est souhaitable de réfléchir à ce que Jung entendait par "aspirations terrestres". La voie bouddhique est la voie du milieu, équilibre entre conscient et inconscient, équanimité.

Pour Freud, le sujet sain se réalise en tant que sujet désirant. L'être humain se veut alors conscient de ses désirs pour en assumer les pleines conséquences. La psychanalyse aide alors à prendre conscience des désirs inconscients profonds, et le sujet peut alors prendre les décisions responsables en fonction du niveau de conscience qu'il peut atteindre. Pour ma part je trouve que cela revient à s'assumer pleinement, et cela oblige à faire les mêmes distinctions que les bouddhistes au sujet de la validité de tel ou tel désir.

 

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